13ème étape: Piepoli et Basso de concert
Si l’un, Leonardo Piepoli, peut s’enorgueillir d’une superbe victoire d’étape à La Thuile, le second, Ivan Basso, peut se réjouir d’avoir su faire craquer tous ses adversaires au général dans la montée de San Carlo. Et tant pis si la descente lui aura fait perdre du temps.
Après plusieurs étapes de transition, ainsi qu’un contre-la-montre qui aura permis à Jan Ullrich de sauver l’honneur et à Ivan Basso de conforter son Maillot Rose, la 13e étape de ce Giro marquait le premier tournant montagneux d’un Tour d’Italie qui ne devrait pas en manquer jusqu’à l’arrivée à Milan dimanche prochain. Et pour les déçus des deux premières semaines, et dieu sait qu’ils sont nombreux, le col San Carlo représentait un amuse-gueule de tout premier ordre pour relancer le suspense. On attendait donc avec impatience les Cunego, Savoldelli, Simoni et autre Di Luca, avides de mettre à mal la domination jusqu’ici implacable et sereine de Basso. Et autant être cruel d’emblée, ce samedi soir, on peut toujours attendre… Avec ses pentes minimales de 8,4% sur une dizaine de kilomètres et ses passages à près de 15%, San Carlo offrait pourtant un terrain de jeu idéal pour les purs grimpeurs, même si l’arrivée était jugée à quelques kilomètres du sommet, en contrebas à La Thuile. Mais au lieu d’attendre d’être arrivés au pied de cette première grande difficulté du Giro, même si le Passo Lanciano n’avait rien d’une aimable partie de plaisir lors de la 8e étape, certains baroudeurs paraissaient bien décidés à prendre la poudre d’escampette le plus tôt possible, histoire d’anticiper la galère finale, qui en plus attendait les coureurs sous une pluie et un froid (5° environ) automnal.
Bye bye les sprinteurs
Ainsi, les escarmouches se multipliaient lors des premiers kilomètres, parcourus à vitesse grand V, ce qui incitait Robbie McEwen, puis Thomas Vaitkus, quatre victoires d’étape à eux deux au sprint, à tirer leur révérence prématurément. Mais il fallait tout de même attendre 90 bornes de course pour assister à la première véritable attaque d’envergure de cette 13e étape. Elle était à mettre à l’actif de six coureurs : Bruseghin (Lampre), Serpa (Selle Italia), Cegarra (Caisse d'Epargne), Knees (Milram) et deux Français, Bonnaire (Bouygues Telecom) et Poilvet (Crédit Agricole). Le mieux classé d’entre eux, Bruseghin (27e à 12’50), ne représentant pas de réel danger pour Ivan Basso, l’échappée obtenait bien volontiers son bon de sortie de la part d’une équipe CSC très heureuse de laisser le travail à d’autres formations, désireuses de défendre leur place au classement. Très vite, l’écart grimpait donc pour culminer aux alentours des 6 minutes à 80 kilomètres de La Thuile. Sentant que la victoire d’étape pouvait peut-être lui échapper, l’équipe Saunier Duval de Simoni était la première à réagir et à organiser la chasse. Aussi rapidement qu’il avait grimpé, l’écart diminuait ainsi à vue d’œil. Si bien que le groupe de six échappées attaquait le col San Carlo avec moins d’une minute d’avance.
Rujano essaie, Basso relance
Inévitablement, vu la difficulté des pentes initiales à plus de 10%, le tri se faisait devant, avec Bruseghin et Serpa seuls en tête… Mais aussi dans le peloton, qui immédiatement se réduisait à une trentaine d’hommes. Puis une vingtaine, lorsque, sans surprise, Ullrich passait par la fenêtre, victime d’une vive accélération de Rujano. Le Vénézuélien, 3e l’an passé, était le premier outsider à porter une attaque. Une offensive qui recevait l’appui, court mais utile, de Serpa, son coéquipier chez Selle Italia qui donnait tout ce qu’il lui restait sous la pédale pour l’aider à distancer ses adversaires. En vain, puisque derrière, Carlos Sastre avait décidé de faire le ménage pour son leader et Maillot Rose. Et les dégâts ne tardaient pas à se faire colossaux. Tour à tour Cunego, Savoldelli, Di Luca, Rujano, Simoni et Gutierrez lâchaient prise. Et si les deux derniers parvenaient à limiter la casse, pour les autres en revanche l’addition s’annonçait salée.
Tout le monde descend… ou presque
Finalement, un seul homme réussissait à s’accrocher aux basques de Basso. Il s’agissait de Leonardo Piepoli, le petit grimpeur de la Saunier Duval qui ne prenait pas la peine d’attendre son leader, Simoni. Bien lui en prenait puisqu’après avoir basculé en tête au sommet du San Carlo avec une avance très confortable sur les poursuivants, le Transalpin se voyait offrir la victoire sur un plateau par un Maillot Rose absolument pas disposé à prendre le moindre risque dans une descente rendue très délicate par les fortes pluies. Du coup, Piepoli s’envolait tranquillement vers la 26e victoire de sa carrière à La Thuile avec plus de 40 secondes d’avance sur son compatriote sur la ligne. Plus loin, Gutierrez et Simoni avaient profité de la descente pour limiter les pertes à une trentaine de secondes sur Basso, peut-être un peu trop prudent (mais l’est-on jamais assez ?) alors que le Français d’AG2R John Gadret, superbe d’abnégation, terminait à une brillante 7e place. Certains, et pas des moindres, ne peuvent pas en dire autant aujourd’hui. N’est-ce pas messieurs Savoldelli, Cunego et autres Di Luca ?
source : Sport 24