"Parreggio" où le spectre de l'Italie ingouvernable
"Pareggio", un match nul entre la droite et la gauche à l'issue des législatives italiennes, est une hypothèse prise au sérieux et un casse-tête, car elle ouvre la porte à plusieurs possibilités: une grande coalition, un gouvernement technique ou de nouvelles élections
Personne ne veut croire à un tel résultat, mais tous les dirigeants politiques interrogés se sont prononcés pour de nouvelles élections, car l'Italie serait »ingouvernenable» si aucune coalition ne remportait la majorité dans les deux chambres simultanément.
"Ce serait un désastre", a mis en garde Silvio Berlusconi. Mais sa décision de rétablir le scrutin proportionnel six mois avant les élections a réveillé l'hypothèse d'une victoire de la gauche à la Chambre des députés et d'un Sénat conservé par la droite.
"Pour la chambre des députés, le verdict sera net avec la prime de majorité instituée pour la coalition qui arrive en tête. Mais au Sénat, cette prime se fait sur une base régionale et trois régions seront décisives: le Piémont, les Pouilles et le Latium", a souligné Gianfranco Fini, vice-premier ministre et chef du parti de droite Alliance nationale lors d'une rencontre avec un groupe de correspondants étrangers à Rome.
Le résultat du scrutin est considéré comme incertain dans ces trois régions très peuplées. "Le Piémont pourrait être déterminant pour Berlusconi comme l'a été l'Ohio aux Etats-Unis pour Bush", soutient le politologue Roberto d'Altimonte. "Si Berlusconi ne remporte pas le Piémont, il perd le Sénat", a-t-il affirmé.
Gianfranco Fini est partisan de »revoter aussitôt» en cas de "pareggio", mais "ce ne sera possible que si le chef de l'Etat l'accepte", a-t-il précisé.
Le nouveau Parlement devra désigner les président des deux chambres, puis élire le nouveau président de la République. Le mandat de Carlo Azeglio Ciampi, 85 ans, arrive à son terme le 18 mai.
Le nouveau chef de l'Etat prendra alors acte du résultat des élections législatives et en cas de défaut de majorité, il décidera de dissoudre les chambres et faire revoter les Italiens ou tentera des consultations si un compromis lui semble possible pour former un gouvernement, a expliqué M. Fini.
"Tout dépendra de la personnalité du nouveau président de la République", a insisté M. Fini, qui a refusé de spéculer sur les candidats potentiels.
Beaucoup en Italie voudraient reconduire Carlo Azeglio Ciampi et la chaîne de télévision privée "La 7" à lancé une pétition en ce sens.
L'histoire de la République italienne est pleine de gouvernements techniques. Carlo Azeglio Ciampi en a dirigé un pendant un an de mars 1993 à mars 1994.
L'hypothèse nourrit les espoirs de certains grands commis. L'ancien gouverneur de la Banque d'Italie, Antonio Fazio, a ainsi été un temps considéré comme un possible chef de gouvernement si Silvio Berlusconi venait à chuter.
"J'ai l'espoir que nous sommes sortis de cette phase des gouvernements techniques", affirme Gianfranco Fini.
Une autre hypothèse est une »grande coalition» à l'image de celle constituée en Allemagne. Le dessein de négocier avec les modérés de la gauche est prêté aux centristes de l'UDC, mais leur patron, Pier Ferdinando Casini, le récuse.
"En cas de 'pareggio', je ne vois pas la constitution d'une grande coalition, mais un retour aux urnes", a-t-il affirmé le 16 mars. source : Tageblatt