Les emplois précaires, un enjeu électoral en Italie aussi
Dans la Botte, les formes de travail dites atypiques sont une réalité qui inquiète les jeunes étudiants. Rencontres dans les rues de Bologne.
Stefano est suspendu à son téléphone portable. Etudiant en droit de 23 ans, ce Sarde est en pleine campagne électorale. Mais pour lui, l'échéance n'est pas le 9 avril, date des élections législatives italiennes. Non, il se prépare pour le 8 mai. Ce jour-là, les étudiants de Bologne désigneront leurs représentants auprès des autorités universitaires. Bologne: près de 400 000 habitants, dont 60 000 étudiants. Bologne, ville de Romano Prodi: le candidat du centre gauche à la présidence du Conseil a enseigné durant vingt-cinq ans derrière ces vieux murs orange.
Avec le printemps, lunettes de soleil griffées, piercings et styles aussi grunge qu'étudiés fleurissent sur les places ensoleillées de la cité universitaire. Bières et cigarettes pour les plus jeunes, douches au champagne, confettis et couronnes de laurier pour les aînés qui fêtent, sous les arcades de la ville, leur toute nouvelle licence.
«Nous, nous sommes des gens tristes. Nous croyons encore en un monde meilleur», ironise Stefano en regardant ce spectacle. Etudiant en droit, il milite dans différentes associations et syndicats. L'automne dernier, son cœur, comme celui de Bologne, a battu particulièrement fort. Durant plusieurs jours, se souvient-il, les étudiants ont manifesté leur opposition à la politique du syndic de gauche (lire ci-dessous). Qu'en est-il sorti? «Absolument rien», conclut le jeune homme.
Et les élections législatives? «Après cinq années de pouvoir de Silvio Berlusconi, nous sommes désespérés», soupire Elisabetta, 23 ans. A ses côtés, Thomas (22 ans) enchaîne: les Français manifestent contre la précarisation des travailleurs, mais en Italie, le phénomène existe déjà. La législation transalpine prévoit en effet des formes de travail dites atypiques (soit différentes du contrat standard à durée indéterminée); un système contre lequel se bat le centre gauche.
Etudiant en statistiques, Thomas connaît ses classiques. Selon les chiffres officiels, un quart des salariés italiens sont concernés par des contrats atypiques. De 1993 à 2003, la moitié des nouveaux embauchés ont dû se contenter de telles conditions de travail. Conséquence, le nombre de jeunes de plus de 30 ans qui vivent encore chez leurs parents a augmenté de 25% en dix ans.
«Le problème, ce ne sont pas les emplois précaires, mais tout le reste», avance Ervin. Devant la Faculté d'économie, cet Albanais de 29 ans livre son analyse: «Les difficultés, en Italie, ce sont l'évasion fiscale et l'économie souterraine. Par exemple, moi, je travaille à côté de mes études: eh bien le salaire déclaré par mon employeur est inférieur à celui que je reçois.» Originaire d'Albanie, Ervin a traversé l'Adriatique à 21 ans. Et garde de son enfance une aversion pour la gauche.
Même sensibilité politique pour Marcello. Etudiant en cinéma, ce Milanais se sent un peu seul pour défendre Silvio Berlusconi: «A l'Uni, la plupart des gens sont de gauche. Mais on ne nous demande jamais quelles sont nos motivations réelles pour soutenir la droite, on ne veut pas connaître nos arguments.» Lui, il croit en la politique du «Cavaliere», et notamment en ses réformes fédéralistes.
Le patron de Forza Italia ne traîne-t-il pas trop de casseroles? «De toute manière, tous ont des problèmes avec la loi, répond le jeune homme. Silvio Berlusconi n'est pas un politicien, j'en suis conscient. Mais il fait de la politique et pour l'instant, le choisir me paraît la meilleure solution. C'est la seule personne qui réussisse à fédérer toute la droite.» Vraiment? Derrière Marcello, un de ses amis suit le discours avec un sourire aux lèvres: «Berlusconi? C'est un bouffon…»
source : 24 heures