L'Italie dote son Renseignement de nouveaux chefs
Le gouvernement italien a procédé lundi à une série de nominations au sein de ses services secrets, remplaçant notamment Nicolo Pollari, le chef du renseignement militaire, au centre d'une série d'affaires qui ont nui à la réputation de ces services.
L'amiral Bruno Branciforte a été nommé à la tête des services de renseignement militaires (SISMI).
"Nous avons choisi des gens au-dessus de la mêlée et du jeu politique, et qui possèdent une grande expérience du secteur et qui ont enregistré d'importants succès professionnels", a déclaré Romano Prodi.
Le président du Conseil, qui a pris ses fonctions en avril, a parlé d'un "remaniement naturel" pour expliquer ces nominations. Mais elles s'inscrivent au moment où la rumeur d'une possible inculpation circule, et quelques jours avant la diffusion d'un rapport du parlement qui devrait être sévère à l'endroit du SISMI.
"Comment ne pas penser que des fuites (du rapport) ont ouvert la voie au remplacement du général Pollari?", a interrogé Alfredo Mantovano, membre de la commission du renseignement du parlement.
Pollari et le SISMI ont notamment été accusés d'avoir aidé la CIA à enlever en 2003 un suspect dans une affaire de terrorisme et d'avoir payé des journalistes pour écrire des articles contre des magistrats.
L'affaire Abou Omar
Selon le parquet, Hassan Moustafa Oussama Nasr, connu sous le nom d'Abou Omar, a été enlevé dans une rue de Milan, conduit sur une base américaine du nord de l'Italie et envoyé en Egypte, où il affirme avoir été torturé.
Des mandats d'arrêt ont été émis contre 26 Américains et le parquet soupçonne fortement Pollari d'être impliqué dans cet enlèvement.
Cette affaire renvoie à l'un des aspects les plus controversés de la "guerre contre le terrorisme" de George Bush, qui a sous-traité illégalement de nombreuses opérations de police et de renseignement à des pays européens. Un éventuel procès en Italie constituerait une première mondiale.
Pollari, qui a toujours clamé son innocence, a refusé de coopérer avec les juges en affirmant que des documents nécessaires à sa défense avaient été classés secret défense par le cabinet de Silvio Berlusconi. Prodi refuserait de les déclassifier.
Branciforte est un ancien attaché naval à Washington. Il a représenté l'Italie auprès du Commandement central de l'armée américaine (Centcom) et dirigé les services de renseignement de la marine italienne.
Le gouvernement de Prodi a par ailleurs nommé l'ancien chef de la police romaine, Franco Gabrielli, un expert des affaires terroristes, à la tête du SISDE, le renseignement civil.
Giuseppe Cucchi, sera placé à la tête d'un comité de coordination des actions de renseignement.