Grincements de dents autour des listes de candidats
A trois jours des élections législatives, de nombreux parlementaires italiens savent déjà qu'ils ne pourront conserver leur siège en raison du nouveau système électoral qui a rétabli le scrutin à la proportionnelle.
Les derniers de liste sont en effet condamnés, sans espoir de rémission, à disparaître de la Chambre des députés ou du Sénat et, au vu des derniers sondages, les grands perdants devraient être des élus - notamment des juristes, comme Carlo Taormina - du parti de Silvio Berlusconi, le président du Conseil.
En revanche, en tête ou en milieu de liste, donc avec de grandes chances d'être élus, on remarque les noms de stars du sport, des médias... voire des parents ou des proches de personnalités politiques.
"De toute ma vie, je le jure, je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi indécent", a écrit au journal Il Riformista une figure de la gauche italienne, Emanuele Macaluso, à propos de la composition des listes de candidats.
"Personne ne m'a téléphoné pour m'avertir", a déclaré pour sa part Carlo Taormina, qui avait déclenché une tempête politique au parlement sortant en demandant l'arrestation des juges milanais chargés d'une affaire de corruption liée à l'empire médiatique de Berlusconi. Il sait qu'il ne retrouvera pas son siège de député.
Silvio Berlusconi, pour sa part, a fait savoir qu'il avait passé trois nuits blanches à mettre un point final à la liste des candidats de Forza Italia.
Selon le quotidien Il Giornale, qui appartient au frère du président du Conseil, la tâche était rendue encore plus difficile par la chute de la formation de centre droit dans les sondages, qui laissent présager une victoire de l'opposition les 9 et 10 avril.
Le sens de la famille
"Même dans les scénarios les plus optimistes, un tiers des parlementaires sortants (de Forza Italia) semblent condamnés à perdre leur siège", écrit Il Giornale.
Selon les dernières enquêtes d'opinion, qui sont interdites depuis une douzaine de jours, la coalition de centre gauche, emmenée par l'ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, devance d'au moins trois points et demi l'alliance de centre droit de Berlusconi. Le score annoncé de Forza Italia est en chute de huit points par rapport à celui de 2001. Mais jusqu'à un quart des électeurs seraient encore indécis.
"Sua Emittenza" a en outre scandalisé nombre de ses partisans en évinçant des listes de candidats de vieux militants de Forza Italia pour les remplacer par des membres d'autres partis qui ont promis de le soutenir en échange de places assurées à Montecitorio (la chambre des députés) ou au palais Madame (le Sénat).
Et même si le népotisme a longtemps été une constante dans l'histoire de la péninsule, certains noms ne manquent pas, à droite comme à gauche, de laisser perplexes les observateurs.
La belle-soeur de Berlusconi a trouvé une place comme candidate de Forza Italia, la soeur et le neveu du leader de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, sont également en lice, tout comme l'épouse de Piero Fassino, le dirigeant des Démocrates de gauche.
"Cela devrait rassurer ceux qui, en Italie, craignent que la famille ne soit une institution en crise", a ironisé le Corriere della Sera.
A droite comme à gauche, les partis politiques n'ont pas hésité à faire appel à des célébrités, comme la femme du prix Nobel de littérature Dario Fo, l'ancien otage en Irak Salvatore Stefio, le photographe Oliviero Toscani ou la championne de ski Manuela di Centa.
Au total, environ 170 listes vont concourir pour le scrutin d'avril - ce qui veut dire que les bulletins de vote pourront dépasser un mètre de long, agrémentés d'une flopée de symboles politiques.
"Ce ne sera pas un bulletin de vote, ce sera un drap de lit... Dieu nous vienne en aide !", a déploré Silvio Berlusconi.
source : L'Express