Dernière confrontation avant les élections
Le leader du centre-gauche Romano Prodi, attaqué sur sa politique fiscale avant les élections législatives des 9 et 10 avril, s'est attaché à rassurer les Italiens, lundi 3 avril au soir, lors de sa deuxième et dernière confrontation télévisuelle face à Silvio Berlusconi. L'ancien président de la Commission européenne a affirmé clairement que le rétablissement des droits de succession, supprimés par le gouvernement Berlusconi, ne s'appliquerait qu'aux patrimoines de "plusieurs millions d'euros". Le chef de l'opposition s'est également montré déterminé à lutter sans pitié contre l'évasion fiscale. "Si l'on parvient à ne récupérer qu'un tiers de l'évasion [estimée à 200 milliards d'euros par an], on remet à plat les finances publiques", a-t-il affirmé.
Prodi a accusé Berlusconi de n'avoir pas été capable de réduire les déficits et la dette publique, qui ont augmenté en 2005. "Les dépenses publiques échappent à tout contrôle (...). C'est une véritable tragédie", a dit Prodi. "L'Italie est divisée entre nous et eux, entre les riches et les pauvres, le Nord et le Sud, les jeunes et les vieux, les actifs et les chômeurs", a-t-il en outre accusé. "Notre coalition propose un gouvernement uni, nous avons conclu un pacte; nous voulons donner confiance à ce pays, l'unifier pour livrer bataille afin d'amener l'Italie au niveau qu'elle mérite, pour lui rendre sa place d'acteur majeur dans les affaires du monde (...) Mais nous n'y parviendrons qu'avec la justice et l'harmonie sociale. Nous ne pouvons le faire dans un pays divisé. Nous disons donc à tous les Italiens : nous ne pouvons vivre bien que si d'autres Italiens vivent bien également", a déclaré Prodi.
"Nous aurions pu faire davantage, a concédé Berlusconi. Peut-être aurions-nous pu mieux faire, mais l'Italie est une entreprise compliquée. Nous devons maintenant poursuivre notre travail ; nous devons terminer le travail pour donner naissance à un Etat plus moderne, plus efficace, qui défendra nos droits, notre sécurité, notre liberté", a-t-il soutenu.
"Un geste courageux"
En face d'un adversaire efficace dans ses répliques et clair dans son argumentation, Silvio Berlusconi a gardé une arme secrète dans sa manche, qu'il n'a sortie qu'en toute fin de débat. Alors que le duel télévisé touchait à sa fin, le président du Conseil a promis de supprimer la taxe d'habitation ICI que payent les Italiens sur leur résidence principale, et qui rapporte à l'Etat 2,3 milliards d'euros par an. "Pour nous, la résidence principale est sacrée, comme la famille. Pour cette raison, nous avons décidé d'abolir l'ICI sur toutes les résidences principales. Comprenez-vous bien cela ? C'est un geste courageux", a expliqué le chef du gouvernement.
Mais la proposition est-elle réaliste ou n'est-ce qu'une dernière promesse de campagne pour raffler la mise le week-end prochain ? "J'aimerais seulement entendre l'avis de certains maires de la coalition de centre-droit sur cette dernière phrase", a commenté Romano Prodi immédiatement après la fin du débat.
Du reste, le débat a été haut en couleurs, les deux adversaires échangeant des propos acerbes. "M. Berlusconi s'accroche aux chiffres comme les ivrognes s'accrochent à leur réverbère", a tancé Romano Prodi, interrompu par un Berlusconi lui ordonnant : "Respectez le chef du gouvernement !" Deux fois, l'animateur et journaliste Bruno Vespa a dû intervenir pour faire taire le leader du centre-droit alors que Romano Prodi, qui avait la parole, l'attaquait sur sa gestion des dépenses publiques.
Alors que le premier débat entre les deux hommes, le 14 mars, a clairement tourné à l'avantage de Prodi, cette nouvelle confrontation a semblé plus équilibrée aux yeux des analystes : "Cette fois-ci, je pense qu'il n'y a pas eu de vainqueur clair et net et je suis certain que les deux camps vont clamer victoire", a notamment déclaré Lorenzo Codogno, économiste à la Bank of America. Les derniers sondages en date, rendus publics avant l'interdiction faite de les publier, voici dix jours, donnait à Prodi et à sa coalition une avance de 3,5 à 5 points sur la droite regroupée autour du président du Conseil.
source : Le Monde