L'Italie de M. Prodi est redevenue pour Paris un partenaire important
Comment dire, en termes diplomatiques, que les relations entre la France et l'Italie se sont considérablement améliorées depuis l'arrivée du gouvernement Prodi ? L'exercice est délicat pour la diplomatie française, puisque Jacques Chirac et Silvio Berlusconi s'étaient toujours efforcés d'afficher un niveau minimal d'entente cordiale. Mais le premier sommet italo-français de l'ère Prodi, qui se tiendra à Lucca, en Toscane, vendredi 24 novembre, devrait parler de lui-même, confirmant un "nouvel élan" dans la coopération entre les deux pays.
Ce n'est pas un secret, le courant passe mieux entre le président français et Romano Prodi. Au-delà des rapports personnels, le dialogue politique entre Rome et Paris s'est considérablement intensifié depuis l'arrivée du centre gauche au pouvoir en Italie.
Les initiatives de la diplomatie italienne dans la crise du Liban, au cours de l'été, dénotent une volonté de Rome de redevenir un acteur majeur sur la scène internationale. Et Paris ne cache pas sa satisfaction de retrouver l'Italie parmi les pays moteurs de l'Union européenne après une période progressive de marginalisation.
La crise au Proche-Orient sera au centre des discussions, même si Romano Prodi estime "prématurée" l'idée d'une conférence de paix, lancée il y a quelques jours par l'Espagne, et dont le principe est soutenu par la France et l'Italie. MM. Chirac et Prodi devaient s'accorder sur la nécessité d'associer l'Allemagne et la Grande-Bretagne à l'initiative.
Tous deux partagent le souci de remettre la cessation des violences entre Israéliens et Palestiniens en tête des priorités pour résoudre le conflit régional. La récente tournée du président du conseil italien en Algérie, en Tunisie et en Egypte a confirmé le désir de l'Italie de redevenir un acteur en Méditerranée et au Proche-Orient.
A propos de l'UE, les deux dirigeants devaient évoquer l'élargissement aux Balkans et à la Turquie, mais aussi ce que les Italiens appellent "le futur de l'Europe". Bien que conscient du gel du dossier jusqu'à l'élection présidentielle française, l'ancien président de la Commission européenne ne perd jamais une occasion de rappeler l'urgence de la reprise du débat sur les institutions.
De même, les discussions, qui ont lieu le même jour que le sommet prévu en Finlande entre l'Union européenne et la Russie, ne pouvaient ignorer les enjeux européens de l'énergie ; d'autant que les dossiers franco-italiens ne manquent pas d'actualité (Enel-Suez-GDF, coopération nucléaire, etc.).
Instaurer une coopération concrète
Sur le plan bilatéral, les deux gouvernements ont la volonté d'instaurer une coopération vraiment concrète. La querelle sur le déséquilibre des échanges économiques a été mise en sourdine : les stocks d'investissements italiens en France sont de 20,2 milliards d'euros, selon les données 2005 de la Banque d'Italie, c'est-à-dire équivalents aux investissements français dans la péninsule (20,7 milliards d'euros).
Le sommet de Lucca, auquel participent six ministres français et leurs homologues italiens, devait être l'occasion de progresser vers la signature de nouveaux accords. Dans le domaine des transports, une action pourrait être annoncée pour l'amélioration de la sécurité et de l'impact environnemental dans les tunnels de l'arc alpin. Des initiatives devraient voir le jour aussi en matière de recherche et d'innovation, avec un resserrement des liens entre les pôles de compétitivité français et les districts technologiques italiens.