En Italie, les scoops sont souvent l'oeuvre d'émissions télévisées satiriques
Des parlementaires testés positifs aux stupéfiants! Une mauvaise gestion met à terre le géant de l'agro-alimentaire Parmalat! L'aide italienne pillée au Kosovo!
Ne cherchez pas ces titres dans les journaux italiens ou les nouvelles du soir: les informations sont issues de programmes télévisés satiriques, souvent les premiers à faire état de corruption, de fraude ou de mauvaise conduite au sein de l'élite, dans un pays où le journalisme d'investigation n'est pas une grande tradition.
"Ces émissions remplissent un vide", observe le journaliste Andrea Purgatori. "Leur succès démontre qu'on ne peut pas trouver cette matière dans les journaux ou ailleurs à la télé..."
Si les révélations sont généralement coincées entre un numéro de danse de jeunes femmes légèrement vêtues et les impressions d'une célébrité italienne, elles sont néanmoins prises au sérieux.
La semaine dernière, le scoop de l'émission télévisée "Le Iene" (Les Hyènes) sur des hommes politiques qui consommeraient des produits stupéfiants a déclenché une tempête politique, suscitant un large débat sur la liberté de la presse et la législation antidrogue.
Les images n'ont pourtant pas été diffusées: l'autorité de régulation les a interdites, arguant d'une violation de la vie privée des parlementaires. L'émission maintient qu'elle aurait caché les visages de toutes les personnalités politiques impliquées et camouflé leur voix.
A l'origine, un journaliste avait piégé des parlementaires en leur faisant croire qu'ils étaient interrogés sur le budget 2007. Présentée comme une maquilleuse, une femme a en fait posé sur leur front un test destiné à détecter la présence de drogue. Seize se sont révélés positifs: 12 au cannabis et quatre à la cocaïne, selon le programme télévisé. Les résultats ont fait les gros titres, même si des doutes pesaient sur la fiabilité du test.
L'émission d'Italia 1 doit sa renommée à son mélange d'investigations, d'interviews insolentes de célébrités et de comédie pure. En 2002, elle avait fait les titres, lorsque le vice-président du Conseil de l'époque, Gianfranco Fini, était revenu sur ses propos tenus des années plus tôt, selon lesquels le dictateur Benito Mussolini était le "plus grand homme d'Etat" du XXe siècle.
La liberté de la presse en Italie a fait l'objet d'une attention particulière quand Silvio Berlusconi a assumé la fonction de président du Conseil entre 2001 et 2005, période durant laquelle certains détracteurs du gouvernement ont été écartés des ondes.
Entre ses possessions au titre de magnat des médias et le contrôle indirect de la RAI, diffuseur public, en tant que président du Conseil, "Sua Emittenza" disposait d'un certain degré d'influence sur 90% du marché de la télévision, une position unique pour un dirigeant d'une démocratie occidentale.
Des analystes ont pointé des problèmes d'origine plus profonde. "Il n'y a pas de perception publique du rôle des journalistes en tant que 'chiens de garde' du pouvoir politique. Nous n'avons jamais eu un Watergate", remarque Michele Sorice, expert en communication de l'université romaine "La Sapienza".
En outre, la RAI fait systématiquement les frais des alternances politiques, en dépit de discussions récurrentes sur une réforme qui la rendrait moins vulnérable à ces changements.
Par contraste, les émissions satiriques ont moins de proximité avec le pouvoir.
En 1999, la plus célèbre de ces émissions, Striscia La Notizia sur Canale 5, a montré que des Albanais pillaient des conteneurs remplis d'aide envoyée par l'Italie pour les réfugiés du Kosovo. Et c'est le comédien Beppe Grillo qui a dénoncé la situation financière dramatique de Parmalat des mois avant la chute du géant agro-alimentaire en 2003.