L'Italie plus ouverte à l'immigration
Rompant avec l'ère Berlusconi, la politique du nouveau gouvernement de gauche s'accompagne d'une régularisation massive de clandestins.
«Un acte d'équité sociale» : le gouvernement de Romano Prodi justifie ainsi la régularisation de 350 000 clandestins, en plein milieu de l'été. Adoptée en Conseil des ministres, cette mesure, visant des immigrés hors de l'Union européenne, constitue le premier acte d'une redéfinition complète de la politique de régulation des flux migratoires.
La gauche s'apprête ainsi à «détricoter» la loi Fini-Bossi (du nom des deux principaux alliés de Berlusconi) qui, depuis août 2002, soumet la délivrance du permis de séjour à l'obtention d'un contrat de travail sur le sol italien. Le nouveau ministre de l'Intérieur, Giuliano Amato, annonce pour l'automne un projet de loi conformant le droit à la nationalité aux codes en vigueur en Europe : le droit du sang sera abandonné au profit du droit du sol. En d'autres termes, qui naîtra sur le territoire national, même de parents étrangers, sera reconnu comme citoyen italien.
Au total, les régularisations atteindront cette année le chiffre de 520 000. Le gouvernement de Silvio Berlusconi en avait déjà accordé 170 000 à la fin de l'hiver. Celui de Romano Prodi a voulu satisfaire l'ensemble des demandes déposées auprès des préfectures de police et des bureaux de poste.
Année après année, l'Italie décide des quotas de régularisation. En bénéficient surtout les clandestins déjà présents sur son territoire. C'est ce système des «contingentements» que la gauche veut abolir. «Mieux vaut décerner des permis de séjour plutôt que contraindre l'immigré à trouver un poste de travail», affirme le ministre communiste de la Solidarité sociale, Paolo Ferrero, qui veut en outre démanteler les centres de rétention. L'Alliance nationale (droite) parle d'une «amnistie déguisée», la Ligue du Nord d'une «bombe sociale atomique».
Un demi-million de clandestins
Avant cette régularisation, l'Italie comptait trois millions d'immigrés munis d'un permis de séjour. Cela représente 5,2% de la population. Moins, par conséquent, que dans les pays voisins (7,4% en France et en G-B, 8,9% en Allemagne). Mais il s'agit d'une immigration récente, de première génération, plus visible et loin d'être intégrée. A ce chiffre s'ajoutent les clandestins qui, selon la Caritas italienne, dépassent le demi-million.
Dans la foulée, le Conseil des ministres a adopté deux autres mesures. Les immigrés ayant perçu la prime de 1 000 euros par nouveau-né, accordée cette année à tout foyer italien par le gouvernement de Silvio Berlusconi, ne seront plus tenus à la restituer. Trois mille familles sont concernées.
En outre, le gouvernement a reconnu le droit de libre circulation aux ressortissants de huit pays de la nouvelle Europe : Estonie, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie. Cette mesure aurait dû entrer en vigueur en 2011. Elle a été anticipée de cinq ans. Les quelque 100 000 Polonais résidant déjà en Italie sont les premiers à en bénéficier.
source : Le Figaro