Les Italiens sont appelés à voter par référendum sur une importante révision constitutionnelle

Publié le par Charlotte

Moins de trois mois après les élections législatives, quatre semaines seulement après des municipales partielles, les 47 millions d'électeurs italiens sont à nouveau appelés aux urnes, dimanche 25 et lundi 26 juin. Cette fois, il s'agit de confirmer ou de rejeter par voie de référendum une révision constitutionnelle héritée du gouvernement Berlusconi.

Le texte voté par l'ancienne majorité de centre droit, en novembre 2005, n'est pas un simple toilettage de la Constitution de 1947, mais une refonte considérable touchant 55 des 139 articles initiaux. Si elle était approuvée par une majorité des votants, la nouvelle Constitution renforcerait les pouvoirs du président du conseil, devenu quasiment inamovible en cours de législature, et accorderait surtout des "compétences exclusives" aux régions en matière de santé, d'éducation et de sécurité. Ce serait un premier pas vers un fédéralisme, notamment fiscal, que le parti populiste et xénophobe de la Ligue du Nord appelle de ses voeux depuis l'échec de sa doctrine sécessionniste au début des années 1990.

Appuyée par Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, la réforme constitutionnelle a été soutenue du bout des lèvres par les autres composantes de la coalition de centre droit au cours d'une campagne électorale atone. L'Alliance nationale (AN, droite conservatrice), de Gianfranco Fini, et les démocrates chrétiens de l'Union des démocrates du centre (UDC) ont appelé à voter oui, tout en reconnaissant que le texte était imparfait et qu'il devrait être amendé par la suite.

Les partisans du oui considèrent que la nouvelle version de la Constitution contribuerait à la "modernisation des institutions", avec un Parlement moins nombreux, passant progressivement de 945 à 760 représentants d'ici à 2 016. Les responsabilités seraient réparties entre une Chambre des députés à vocation nationale et un Sénat de type fédéral. "Voter non serait renvoyer le pays dans le tiers-monde", a dramatisé Roberto Calderoli, ancien ministre de la Ligue du Nord, l'un des pères de la réforme. M. Berlusconi, qui souhaite "donner une leçon au gouvernement" de Romano Prodi, a exhorté les électeurs à faire du scrutin un nouveau test politique : "Personne ne peut se sentir digne d'être italien si, dimanche, il ne va pas donner son oui à la révision constitutionnelle, qui apportera à ce pays plus de démocratie et de liberté", a-t-il lancé pendant la campagne.

La gauche, massivement unie autour du non, dénonce "une atteinte à l'unité nationale", redoutant une aggravation de la fracture entre la riche Italie du Nord et le Mezzogiorno, déshérité. Le chef de l'Etat sortant, Carlo Azeglio Ciampi, devenu sénateur à vie, s'est engagé à défendre la Constitution actuelle "belle, vivante et plus actuelle que jamais". Selon lui, les modifications proposées risquent de "miner le fonctionnement des institutions".

Analyse identique pour un autre ancien président de la République, Oscar Luigi Scalfaro, et pour la plupart des grands constitutionnalistes italiens. Pour le président du conseil, M. Prodi, "la Constitution est une chose sérieuse qui ne se réécrit pas en une nuit, il faut le faire avec une large majorité". Le chef de gouvernement n'est pas hostile à travailler, ultérieurement, à "une réduction du nombre des députés" (de 630 à 400) et à une "déconcentration administrative" dans le cadre d'un dialogue élargi.

Mais il a politiquement besoin d'un non massif au référendum pour asseoir un peu plus sa faible majorité. Le vote des 25 au 26 juin n'engage pas son gouvernement. Toutefois, explique Claudio Martini, le président de la région Toscane, "une victoire du oui pourrait rouvrir la discussion sur la phase politique à peine entamée". A gauche comme à droite, on craint une très forte abstention, malgré les appels du nouveau chef de l'Etat, Giorgio Napolitano, à s'exprimer en masse sur un texte qui touche "l'axe fondateur de la République".

source : Le Monde

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