Accord entre Chirac et Prodi sur l'Europe mais désaccord sur l'énergie
Jacques Chirac et Romano Prodi ont accordé leurs vues sur l'Europe avant le sommet de Bruxelles, encourageant en particulier "une Europe des projets", mais n'ont pas réglé le différend franco-italien sur les fusions dans l'énergie.
Après des années de relations houleuses avec Silvio Berlusconi, le président Chirac a chaleureusement accueilli à l'Elysée le nouveau chef du gouvernement italien, pour sa première visite à Paris depuis la victoire de sa coalition de centre-gauche en avril. "Il lui dit toute son amitié, présentant ses voeux de succès dans son action et en lui disant son plaisir à renouer avec lui une coopération étroite", a rapporté le porte-parole de la présidence, Jérôme Bonnafont.
Ce climat apaisé n'a toutefois pas débouché sur un rapprochement dans le dossier des fusions dans l'énergie, une question très politique en France et qui a empoisonné les relations entre Paris et Rome ces derniers mois.
M. Prodi a défendu les visées de Enel sur Suez lors de son entretien avec M. Chirac mais les deux dirigeants ne sont pas entrés dans les détails, la discussion étant restée politique et générale, selon un diplomate.
Jacques Chirac a réitéré que les autorités françaises "privilégient les offres amicales et sont attentives à la dimension industrielle et sociale des grandes opérations entre entreprises", a rapporté le porte-parole. Il a souligné que Suez était engagé dans un processus de fusion avec Gaz de France "et que, au-delà, il appartient aux entreprises de conduire les discussions stratégiques qui concernent leur avenir". Le gouvernement français avait annoncé dans la précipitation le mariage entre Suez et Gaz de France fin février, pour contrer une éventuelle offensive de l'italien Enel sur Electrabel, filiale de Suez spécialisée dans l'électricité en Belgique.
Aujourd'hui, Enel souhaiterait proposer une solution à l'amiable plutôt que de lancer une offre hostile sur le français, selon la presse économique, mais Suez a rejeté tout dialogue avec Enel sur un partage de ses activités tant que la fusion avec GdF n'aura pas été menée à bien.
Cette fusion est toutefois aujourd'hui en question, alors que les députés UMP sont très partagés sur ce projet que le Premier ministre Dominique de Villepin se dit déterminé à réaliser.
Après l'Elysée, Romano Prodi a eu un entretien avec M. de Villepin à l'hôtel Matignon au cours duquel ce dossier épineux devait aussi être évoqué.
En revanche, sur les questions européennes, "la conversation a permis de souligner la convergence de vues entre l'Italie et la France sur les principales questions à l'ordre du jour de ce Conseil" européen, a souligné M. Bonnafont.
M. Prodi, qui ambitionne de rendre à l'Italie un rôle moteur en Europe, arrivait de Vienne où il s'est entretenu dans la matinée avec le chancelier Wolfgang Schüssel, président en exercice de l'Union européenne. Il doit rencontrer mercredi à Berlin la chancelière allemande Angela Merkel.
"Les deux dirigeants ont été d'accord pour encourager les progrès d'une Europe des projets" dans des domaines tels que l'énergie, la recherche, la politique étrangère.
Concernant la difficile question des institutions, après les non français et néerlandais à la Constitution européenne, MM. Chirac et Prodi "ont été d'accord sur le principe d'une prolongation de la période de réflexion". Français et Allemands ont proposé de ne prendre aucune décision avant la présidence française de l'UE, au second semestre 2008.
source : dépêche de l'AFP