Conclusion: Cétait «Armstrong» Basso
Impressionnant, Ivan Basso a écrasé le Tour d’Italie, qu’il a remporté avec plus de neuf minutes d’avance sur l’Espagnol Jose Enrique Gutierrez. A bien des égards, sa victoire rappelle un certain Lance Armstrong auquel il tentera désormais de succéder en juillet sur la Grande Boucle.
Le dicton est bien connu. Le Roi est mort, vive le Roi ! A peine a-t-on eu le temps de se faire à l’idée de la retraite de Lance Armstrong, maître incontesté du Tour de France pendant sept ans, qu’un nouveau monarque vient d’apparaître. Successeur annoncé de l’Américain, Ivan Basso a remporté à 28 ans son premier grand tour en écrabouillant le Giro. L’Italie, qui saluait poliment ce coureur talentueux mais réservé, lui préférant le punch d’un Damiano Cunego, n’a d’yeux désormais que pour lui, y voyant le candidat le plus crédible à la succession de Marco Pantani sur le Tour de France, dernier vainqueur transalpin sur la Grande Boucle en 1998.
Digne d’Armstrong
En reléguant son dauphin, l’Espagnol Jose Enrique Gutierrez, à plus de 9 minutes, l’écart le plus conséquent depuis 1965, Ivan Basso a rempli la moitié de son pari qui consiste à réaliser le doublé Tour d’Italie – Tour de France. Il a aussi fait oublier sa défaillance de l’an passé et fait taire certains doutes à son égard. Son mental soi-disant friable s’est transformé en nerfs d’acier. Sa réputation de suiveur a été contrebalancée par de multiples attaques. Et son manque d’ambition s’est vu défier par trois victoires d’étapes. Vous cherchez un favori pour le Tour de France ? Vous avez un mois. A l’instar d’un Lance Armstrong, dont il avoue librement s’inspirer, le Varésan a programmé, construit, élaboré puis conclu son succès avec une grande intelligence tactique. Basso s’est comporté en patron, ne laissant jamais le soin à quiconque de le déstabiliser, s’appuyant sur une équipe CSC imperturbable et des qualités physiques hors du commun.
Basso les a écoeurés
«J'ai l'impression d'avoir couru contre un extra-terrestre. Je n'ai jamais vu un dominateur pareil dans le Giro», lâchait ainsi Gilberto Simoni au soir de la 20e étape remportée par le Maillot Rose, un jour après avoir appris la naissance de son fils. Tous, Simoni, Cunego, Savoldelli et les autres sont passés à la moulinette Basso, repoussés à des lustres aussi bien en montagne qu’en contre-la-montre. L’Italien, qui avait perdu sa maman en février dernier, a écrit sa propre légende en remportant ce Tour d’Italie monstrueux, dessiné à travers ses monts les plus prestigieux. Les plus sceptiques diront que la concurrence sur ce Giro n’était pas à la hauteur et que l’histoire sera toute autre sur le Tour de France avec les Valverde, Vinokourov (?), Landis, Evans et… Ullrich. L’Allemand, qui effectuait sa deuxième course seulement de la saison après le Tour de Romandie, est ressorti content de son Tour d’Italie, malgré un abandon précipité.
Ullrich satisfait
«A mes yeux, j'ai réalisé un très bon Giro, j'ai gagné le contre-la-montre individuel, succès sur lequel j'étais loin de compter, et je n'ai pas fait qu'accompagner le peloton, j'ai aussi essayé de prendre des initiatives comme dans la 18e étape où j'ai tenté de me porter en tête», analysait ainsi le natif de Rostock. De fait, l’Allemand, après une première étape de montagne terminée non loin du gruppetto, n’a cessé de montrer des progrès, réduisant son débours de jour en jour, réussissant même à se surprendre, lui, et les autres, en remportant le contre-la-montre de Pontedora avec à peine dix jours de course dans les jambes. Le leader de la T-Mobile s’est donc rassuré même s’il a jeté l’éponge à trois jours de l’arrivée. Officiellement, pour un problème de dos, provoqué par un petit déséquilibre entre la jambe gauche et la jambe droite, plus faible que l’autre. Le moral devait également être un peu touché au lendemain de l’annonce de son nom sur la liste des clients du docteur Fuentes, en Espagne. Il reste maintenant un mois au protégé de Rudy Pevenage pour atteindre sa forme maximale le 1er juillet à Strasbourg. Pendant qu’Ivan Basso, qu’on ne devrait pas trop voir en compétition d’ici là, ne cherchera qu’à gérer un état de forme phénoménal. La différence est de taille.
Les Français au rendez-vous
Et les Français dans tout ça ? Ils ont été là, presque partout, presque tout le temps. Il ne s’est quasiment jamais passé un jour sans que l’on voie un coureur tricolore à l’avant, Christophe Edaleine terminant même le Giro avec le plus grand nombre de kilomètres passés dans des échappées. Et s’il n’y a pas eu de victoire d’étape au bout, celle que l’on retient dans les livres d’histoire, le bon comportement d’ensemble des représentants tricolores a été récompensé par la magnifique 6e place de Sandy Casar au général, suivi de près par Patrice Halgand (14e). Cela faisait sept ans et la 4e place de Laurent Jalabert en 1999, qu’un Français n’avait pas terminé dans le Top 10 sur le Giro. C’est dire la performance du leader de la Française des Jeux, qui, certes, aurait préféré un succès d’étape et qui craignait d’avoir grillé un peu trop de forces en vue du Tour de France. Mais entre une 6e place sur un grand tour et le risque de finir la Grande Boucle dans l’anonymat, que faut-il prendre ? Enfin, on n’oubliera surtout pas John Gadret, capable de grimper les cols les plus durs avec les meilleurs et auteur de magnifiques places d’honneur en haute altitude (5e, 6e, 7e) avant d’être rattrapé par la malchance et une chute. Mais le cyclo-crossman a délivré de jolies promesses pour l’avenir.
source : Sport 24