Dans une 18e étape idéale pour les baroudeurs, Stefan Schumacher a su s’imposer au sprint devant ces quatre compagnons d’échappée pour décrocher son second succès sur ce Giro. Derrière, Basso a vécu une journée tranquille, au contraire du malheureux John Gadret.
Après l’arrivée tronquée de la veille, le Giro s’offrait une dernière respiration avant les deux prochaines étapes de haute montagne et l’arrivée à Milan qui suivra dans la foulée. Sur les 210 kilomètres séparant Sillan et Gemona del Friuli, diverses difficultés attendaient certes les coureurs, dont l’ardu Cuel di Forcia, mais rien de comparable avec le Monte Bondone ou le San Carlo. On ne citera pas malheureusement le Plan de Corones, qui conservera son caractère inédit une année de plus en raison des épouvantables conditions météorologiques de la veille. Le profil de ce 18e acte s’avérait donc parfait pour les baroudeurs en quête d’une dernière victoire d’étape, qui paraît inaccessible lors de prochains jours réservés aux purs grimpeurs. Une étape qui se déroulait cependant dans une étrange ambiance, avec le scandale frappant une nouvelle fois le monde du cyclisme à travers ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Manolo Saiz. Une affaire qui pourrait éclabousser de nombreux coureurs très bientôt, certains noms étant même déjà avancés comme celui de Jan Ullrich. Hasard ou coïncidence, l’Allemand de la T-Mobile se retrouvait ainsi parmi les premiers attaquants de la journée, peut-être par fierté personnelle. Mais sa tentative n’aboutissait pas et il fallait en fait attendre le kilomètre 65 de la course pour assister à la bonne attaque.
Bruseghin amorce la bonne échappée
Après une vaine tentative du coéquipier d’Ullrich chez T-Mobile, Matthias Kessler, Marzio Bruseghin plaçait en effet dans la foulée un contre décisif. Surtout que le coureur de la Lampre recevait rapidement l’appui de trois hommes : David Lopez (Euskaltel), Stefan Schumacher (Gerolsteiner) et Jose Ivan Gutierrez (Iles Baléares). Ce dernier étant relativement bien classé au général, au 18e rang à 21’44, l’échappée tardait néanmoins à prendre de l’avance. Au sommet du Passo di Croce, première véritable difficulté de la journée, celle-ci n’était ainsi que d’une quarantaine de secondes sur le peloton. Mais les 50 kilomètres de descente qui succédaient à cette ascension allaient s’avérer décisifs pour la réussite de leur entreprise. Une descente qui en revanche se révélait fatale pour John Gadret, la révélation tricolore de ce Giro contraint à l’abandon après une chute lui laissant une clavicule en vrac. Devant, les quatre mousquetaires devenaient les cinq doigts de la main avec l’adjonction d’un coureur supplémentaire en la personne de Charles Wegelius (Liquigas). Dès lors, sans que l’on sache bien si l’arrivée de ce renfort était la cause de ce lâcher de lest, le peloton laissait le groupe de tête prendre son envol pour atteindre les 5’40 au pied du Cuel di Forchia.
Schumacher va chercher tout le monde
Avec ses passages à 18%, celui-ci ne s’apparentait pas à une gentille partie de plaisir. Mais soudés, les cinq hommes de tête ne se lâchaient pas et comme derrière, personne ne semblait disposer à mener la chasse, l’écart culminait à 7 minutes. Dans la descente se produisait néanmoins la première anicroche avec deux coureurs un temps distancés, à savoir David Lopez et Charles Wegelius. Mais tout rentrait dans l’ordre à 50 km de l’arrivée et malgré l’accélération de la Phonak au sein du peloton, la victoire d’étape ne pouvait plus guère se jouer qu’entre ces cinq baroudeurs. On pensait alors, à tort, que l’un d’entre eux profiterait de la sèche montée du Sammardenchia pour prendre la poudre d’escampette. En fait, sans surprise, c’était le moins fort au sprint, David Lopez, qui lançait les hostilités à un peu plus de 10 kilomètres du but. Une belle attaque de l’Espagnol d’Euskaltel, qui prenait une dizaine de secondes d’avance et obligeait Stefan Schumacher à un gros effort pour revenir à 6 kilomètres de la ligne. Un effort que l’Allemand allait devoir multiplier pour répondre aux tentatives de Wegelius ou à nouveau Lopez. Mais le coureur de la Gerolsteiner sentait qu’en cas d’arrivée au sprint, la victoire, sa 2e sur ce Giro après la 3e étape, ne pouvait lui échapper. Et l’ancien porteur du Maillot Rose ne se trompait pas puisqu’à 200 mètres de la ligne, il débordait inexorablement Bruseghin, qui avait tenté de le surprendre. Derrière, le peloton passait la ligne avec plus de deux minutes de retard. Une journée bien tranquille pour Ivan Basso, qui n’est plus qu’à quelques encablures de son premier succès dans le Giro.