Un quart des Italiens encore indécis avant les législatives

Publié le par Charlotte

A un peu plus d'une semaine des élections législatives, près d'un quart des Italiens ne savent pas encore s'ils vont aller voter, et pour qui.

La participation à un scrutin majeur est traditionnellement élevée dans la péninsule. Avec un taux de 81%, elle se situait dans la fourchette basse lors de la précédente consultation de ce type en 2001.

Dans une campagne marquée par une bipolarisation croissante, droite et gauche cherchent moins à gagner à leur cause les indécis chroniques qu'à inciter leurs sympathisants traditionnels à ne pas négliger leur devoir électoral.

Pour ce faire, les candidats n'hésitent plus à avoir recours à une vieille ficelle politique: la perspective d'une apocalypse dans l'hypothèse d'une victoire de l'autre camp.

Il n'est pas surprenant que dans cet exercice, le Premier ministre sortant Silvio Berlusconi, donné battu dans les sondages, ait donné le ton en mettant en garde contre le retour du "communisme".

Chaque jour, il répète à satiété que le centre-gauche augmentera les impôts, que les communistes ont dans le passé mangé des nouveaux-nés, que les petits propriétaires seront ruinés si ses adversaires l'emportent.

Le chef du gouvernement se laisse aussi entraîner sur le terrain de l'immigration, en affirmant que "nous ne voulons pas d'une Italie multiethnique et multiculturelle".

"Aujourd'hui, nous vendons de la peur? C'est vrai, mais c'est parce que la gauche fait peur au peuple", assure-t-il.

"C'est triste à dire, mais en Italie, on ne vote pas pour quelque chose, mais contre quelqu'un", note un médecin très connu de Bologne, Aldo Martelli.

"Ce qui unit la gauche, c'est la haine de Berlusconi. Ce qui cimente la droite, c'est la haine du communisme", ajoute-t-il.

La stratégie de la tension

Dans ces conditions, le débat sur le fond s'est réduit à peu de choses. Le programme de la droite tient en dix points très brefs, dont huit commencent par "Nous continuerons à...". Quant à celui de la gauche, il est aussi long (281 pages) que pauvre en mesures concrètes.

Il est vrai que le corps électoral en Italie fait preuve d'une stabilité étonnante. "Très peu d'électeurs sont prêts, même une fois dans leur vie, à changer de camp", observe le politologue Andrea Vanucci.

Silvio Berlusconi est persuadé que sa stratégie de la tension sera payante. A ses yeux, une forte participation, à hauteur d'au moins 82%, lui permettrait de conserver, même de peu, la majorité.

Les experts sont sceptiques et ne voient aucun lien entre un taux élevé de votants et une victoire de la droite. Selon eux, les indécis ne sont pas nécessairement proches de Berlusconi.

"En fait, la majorité d'entre eux laissent entendre qu'ils penchent plutôt pour le centre-gauche", juge l'institut de sondage Abascus.

Selon une autre étude effectuée par l'institut TNS, les sympathisants de droite hésitent car ils sont déçus par les performances du gouvernement en matière économique.

Les indécis de gauche s'interrogent quant à eux sur la capacité de Romani Prodi, chef de file de l'opposition, à contrôler une fois au pouvoir une coalition hétéroclite allant des centristes catholiques aux communistes bon teint.

Pour d'autres, l'atmosphère empoisonnée du débat les a découragés de s'intéresser à la suite des évènements.

Un sondage publié cette semaine dans le quotidien Il Sole 24 Ore montre que dans ce pays pourtant passionné par la politique, 17,8% des Italiens ignorent la date du scrutin.

"La campagne a été horrible, avec ces gens qui ne cessent de se traiter les uns les autres d'imbéciles. Je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. Peut-être vais-je simplement écrire quelques jurons sur mon bulletin de vote et le déposer ainsi dans l'urne", dit Arnaldo Zotti, un retraité de 68 ans.

source : L'Express

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Publié dans Elections avril 2006

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