Berlusconi attaque l'euro au congrès du PPE

Publié le par Charlotte

Candidat à sa réélection, Silvio Berlusconi pouvait difficilement rêver d'une meilleure caution lors de la campagne législative italienne. Une demi-douzaine de personnalités européennes de premier plan, dont la chancelière allemande Angela Merkel, sont venues l'assurer publiquement de leur soutien, à l'occasion du 17e congrès du Parti populaire européen (PPE), ainsi que des journées d'études du groupe parlementaire de celui-ci, le PPE-DE, organisés à Rome du 29 au 31 mars.

D'emblée, le chef du gouvernement italien les a mis dans l'ambiance. Prenant la parole à l'ouverture de la réunion des eurodéputés, mercredi matin, M. Berlusconi les a pris à rebrousse-poil en attaquant l'euro. "En période de stagnation économique, l'opposition l'emporte toujours, a-t-il dit. Il n'y a eu qu'une seule exception, Tony Blair, à cause de son charisme personnel, et parce qu'il a encore la livre sterling." "Ici, on connaît une augmentation des prix sans précédent depuis l'introduction de l'euro", a-t-il protesté devant une assistance qui considère la monnaie unique comme l'une des plus grandes réussites de l'Union européenne (UE).

"Un murmure de réprobation a accueilli ses propos", confiait, à la sortie, l'eurodéputée française Margie Sudre (UMP). Son collègue allemand, Alexander Radwan (CSU), coordinateur de la commission des affaires économiques du Parlement européen, les trouvait "peu compréhensibles" : "Nous avons en Europe l'inflation la plus basse depuis des années..."

Le Parti populaire européen fête donc son 30e anniversaire sous le signe de la diversité. Créé en août 1976 par des partis démocrates-chrétiens ouvertement fédéralistes, comme les Unions chrétiennes (CDU-CSU) en Allemagne, le Mouvement républicain populaire (MRP) en France ou la Démocratie chrétienne en Italie, il s'est élargi dans les années 1990, pour des raisons tactiques, à des partis qui étaient loin de partager ses idéaux premiers. Il a ainsi accueilli Forza Italia en 1998 et le RPR en 1999. A la demande de Jacques Chirac, il a supprimé de ses statuts toute référence aux "Etats-Unis d'Europe", en 2001 à Berlin.

Cette politique lui a permis de devenir "le parti politique le plus influent" d'Europe, selon son président, l'ancien ministre belge Wilfried Maertens. En juin 2004, au lendemain des élections dont il a été le grand vainqueur, le PPE a ainsi obtenu que les chefs d'Etat et de gouvernement choisissent un président de la Commission issu de ses rangs, en la personne du Portugais José Manuel Durao Barroso.

"Prudent sur l'élargissement"

Mais le prix de cette politique a été lourd pour la cohésion du parti. Pour assurer son pouvoir au Parlement européen, le groupe parlementaire du PPE, dominé par les chrétiens-démocrates allemands, a aussi accueilli les conservateurs britanniques, antifédéralistes. Il a fallu pour cela changer le nom du groupe en PPE-DE. Les Tories lui ont imposé de nombreuses concessions, dont le droit de voter contre la Constitution. Ils menacent pourtant aujourd'hui de faire scission pour créer leur propre groupe avec des formations souverainistes de l'Est.

Le PPE fête son anniversaire dans la morosité. Les "non" français et néerlandais au projet de Constitution ont accru son désarroi. Le manifeste que le congrès votera, vendredi 31 mars, proposera de "poursuivre le processus devant mener à la ratification du traité constitutionnel européen" et suggère qu'un "nouvel élan" lui soit donné "au premier semestre 2007", lorsque la France aura élu un nouveau chef d'Etat, et que l'Allemagne présidera l'Union.

Le manifeste "se montre plus prudent que par le passé sur les élargissements", indique l'eurodéputé Alain Lamassoure (UMP), qui a contribué à sa rédaction. Le texte dit que "tout élargissement futur devra tenir compte de la capacité de l'Union à absorber de nouveaux membres". Il précise que "l'Union européenne doit être réformée au plus tard avant le prochain élargissement, mais après l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie". Pour M. Lamassoure, cela signifie, de manière implicite, que "la Turquie n'entre pas tant qu'il n'y a pas de Constitution". En février 2004, le manifeste électoral du PPE avait passé sous silence la question de l'adhésion de la Turquie, afin de ne pas mettre en évidence les divisions qu'elle suscite. La CDU, la CSU ainsi que l'UMP s'y opposent.

Les trois formations refusent l'adhésion au PPE du Parti de la justice et du développement (AKP, islamiste modéré) du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui dit "partager avec le PPE des valeurs traditionnelles telles que le respect de la famille". En 2004, le PPE avait accepté que l'AKP devienne membre observateur.

source : Le Monde

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Publié dans Elections avril 2006

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