L'Italie s'interroge sur le coup médiatique de Silvio Berlusconi
A trois semaines des élections législatives, Silvio Berlusconi s'est livré ce week-end à une attaque en règle contre l'opposition, le patronat et la presse, qu'il a accusés d'avoir "inventé" la crise à des fins électorales.
Le président du Conseil, qui avait initialement déprogrammé sa participation aux assises de la Confindustria pour cause de lombalgie, s'est finalement déplacé samedi devant les grands patrons italiens réunis à Vicence pour leur livrer son analyse.
"Où est cette crise ? C'est la gauche et ses quotidiens qui inventent une crise qui n'existe pas et ce, afin d'obtenir le pouvoir", a-t-il lancé à la tribune, dénonçant nommément la radio patronale et les cinq premiers quotidiens du pays, tous accusés de soutenir l'Unione de Romano Prodi et de fabriquer une crise économique.
Refusant le format proposé par l'organisation patronale - une séance de questions/réponses auxquelles Romano Prodi s'était prêté lui la veille -, Berlusconi a mis son auditoire en demeure de rejeter le "pessimisme" distillé dans les esprits par la gauche et par la presse.
"Soyez positifs ! Soyez optimistes ! Ne croyez pas les journaux qui nous disent en déclin ! Les entrepreneurs ont le devoir d'être optimistes", a-t-il poursuivi, micro en main, devant 5.000 entrepreneurs.
Et le président du Conseil, devancé dans les sondages par la coalition de Prodi, de poursuivre en visant de front l'industriel Diego della Valle. "S'il se trouve un entrepreneur pour soutenir la gauche sans avoir perdu la tête, alors cela signifie qu'il a de nombreux squelettes dans son placard et de nombreuses choses à se faire pardonner."
Même si elle a valu à Berlusconi les applaudissements nourris d'une partie de la salle, la violence de la charge a médusé le comité exécutif de la Confindustria, dont certains dirigeants laissaient entendre que des partisans du chef du gouvernement s'étaient glissés dans la salle pour animer la "claque".
"J'ai trop de respect pour la fonction de président du Conseil pour faire le moindre commentaire", a dit Luca di Montezemolo, président de l'organisation patronale.
Son numéro deux, Andrea Pininfarina, qui avait souligné vendredi les risques de décrochage dont est porteur le déclin économique de l'Italie, a jugé pour sa part que les propos de Berlusconi étaient déplacés.
D'après la Banque d'Italie, la croissance attendue pour 2006 sera modeste, de l'ordre de 1,3%, et inférieure aux performances des autres économies de la zone euro.
La gauche a voulu voir elle aussi dans cette charge le signe que son rival perdait le contrôle des événements. Jusque dans son propre camp, certains se disaient embarrassés par la sortie de leur chef de file.
"Je pense que lorsque le président du Conseil se rend dans la maison de quelqu'un, il devrait respecter les règles", a déclaré le ministre de l'Agriculture, Gianni Alemanno, de l'Alliance nationale.
D'autres au contraire estiment que la performance de leur chef de file est susceptible de rebattre les cartes à trois semaines du scrutin.
Gianfranco Fini, leader de l'Alliance nationale et ministre des Affaires étrangères, a ainsi parlé d'"un moment de vérité" tandis qu'un autre poids lourd de la droite italienne, le président de la Lombardie Roberto Formigoni, se félicitait que Berlusconi montre enfin son vrai visage.
"Lorsque Berlusconi est Berlusconi, il est vraiment efficace, et sa performance va secouer les choses. Le conformisme gris détourne les gens de la politique et ce pays a besoin de passion politique", espérait-il.
Il est plus que probable que le chef du gouvernement, expert des médias, n'a nullement improvisé sa sortie et que tout avait été calculé au contraire pour redynamiser sa campagne.
Pour les observateurs, en effet, Berlusconi avait été malmené lors du premier débat télévisé face à Prodi, mardi dernier. Le leader de Forza Italia avait paru trop négatif, trop en retrait sur les questions économiques ou sur la parité homme-femme.
Lors d'une interview télévisée, dimanche, comme pour répondre à ces critiques, Berlusconi a annoncé qu'il créerait un million d'emplois en cas de réélection et s'est engagé sur le retour au "plein emploi". Il a aussi promis qu'un tiers de son gouvernement serait composé de femmes.
source : L'Express