La flamme olympique harcelée en Italie
Cet incident, qui n'est ni le premier ni sans doute le dernier, est révélateur d'un malaise entretenu autour des JO (10-26 février). Le long voyage de la flamme olympique (11 300 kilomètres en 64 jours) est marqué depuis le départ, le 8 décembre à Rome, par une contestation tenace. Des manifestations ont perturbé la pacifique procession dans 25 villes. Plus on se rapproche du but, plus la tension est palpable. Dans une douzaine de villes, la progression de la flamme a subi des retards importants. A Parme, Vérone et Padoue, il a fallu modifier le parcours. A Gênes, la flamme a été éteinte une vingtaine de minutes.
Des heurts ont opposé les manifestants à la police à Crémone et à Venise. Les autorités craignent une montée en puissance lors de la traversée du Val di Susa. Cette vallée, qui accueillera 80 % des épreuves olympiques, s'est fait une réputation de rebelle s'opposant, cet automne, aux travaux préliminaires de la liaison ferroviaire Lyon-Turin.
Les groupes qui harcèlent quotidiennement les porteurs de la flamme ne sont pas des opposants au Jeux eux-mêmes. Militants écologistes, activistes d'extrême gauche ou sympathisants du Parti de la refondation communiste (PRC), ils profitent de l'écho médiatique pour rappeler leur refus de projets comme les lignes à grande vitesse (TAV), le système Moïse de digues mobiles sur la lagune de Venise ou encore le futur pont suspendu sur le détroit de Messine. Dans leur collimateur, surtout, il y a Coca-Cola, l'un des sponsors officiels de Torino 2006.
Depuis 2003, un mouvement de boycottage de la célèbre boisson d'Atlanta a recueilli près de 20 000 signatures en Italie. Les "No Coca" et les "No TAV" ont décidé de faire cause commune, avec le soutien de certains élus locaux. Le maire PRC de Bussoleno, l'une des cités du Val di Susa, a pris un arrêté interdisant la présence de stands, de banderoles, de camions publicitaires aux couleurs de la multinationale américaine lorsque la flamme traversera sa commune, le 5 février. "En Colombie, en Inde et dans le reste du monde, Coca-Cola est symbole de violation des droits de l'homme", a justifié l'élu communiste avant d'inviter les maires des communes voisines à l'imiter. Cette campagne contre l'un des gros contributeurs des Jeux (56 millions d'euros) consterne Mario Pescante, le superviseur des JO pour le gouvernement. Il a téléphoné à Fausto Bertinotti, le secrétaire du PRC, pour lui demander de retenir ses troupes. En vain.
Les autorités italiennes et les organisateurs des Jeux ne cachent pas leur inquiétude face à cette contestation très minoritaire mais incontrôlable, qui pourrait troubler la trêve olympique. Après avoir annoncé un plan de sécurité renforcé — six policiers pour un athlète —, le ministre de l'intérieur, Giuseppe Pisanu, a confié, mardi 24 janvier, qu'il ne craignait pas tant les attentats terroristes que " des actions peu violentes mais très dérangeantes".
source: Le Monde