L'Italie, pionnière en Europe de la télévision sur mobile avec « 3 »
L'opérateur Tre a été le premier à lancer, en juin, une offre commerciale en DVB-H. Reportage.
A deux pas du Duomo, en plein centre de Milan, la boutique de l'opérateur de télécoms Tre ne désemplit pas. Premier en Europe à offrir dès juin à ses abonnés la télévision terrestre sur mobile (beaucoup moins chère que les programmes facturés 90 centimes d'euro la minute en 3G), « 3 » a pris de vitesse ses concurrents.
La filiale italienne du groupe hongkongais Hutchison Whampoa a même doublé la Finlande, le pays de Nokia, pourtant l'un des premiers à tester cette technologie baptisée DVB-H. Comme son nom l'indique, « 3 » ne mise que sur la 3G. Lancée pendant la Coupe du monde de football, l'offre de télévision a été portée par le succès de la Squadra Azzura. En août, « 3 » comptait déjà 150 000 abonnés. Et l'opérateur en vise 500 000 à la fin de l'année.
Situé sur la place Cordusio, l'un des carrefours les plus passants de la capitale lombarde, le magasin installé sur deux étages accueille des Milanais de tous âges, du jeune branché au senior. Tous alléchés par les offres disposées sur la vitrine : un terminal 3G à écran pivotant est offert contre un accès payant à douze chaînes selon un barème fixé par tranche : à la carte, en version prépayée, pour 2 euros par jour, 9 euros la semaine, 19 euros par mois et 59 par semestre. Une autre formule est aussi accessible pour 29 euros par mois avec un engagement de 23 mois...
Au siège de l'opérateur, dans la banlieue de Milan, Alessandro Floris, le directeur de la télé sur mobile, s'étonne encore de la rapidité avec laquelle cette nouvelle offre a été lancée. « Nous avons pris la décision en novembre 2005 et, en sept mois, tout était bouclé : les fournisseurs, les contenus... » Environ 220 millions d'euros ont été dépensés pour acheter l'infrastructure de diffusion.
Films, dessins animés sport, actualité et érotisme
Le bouquet est un mélange de productions maison et de programmes clés en main. Ainsi, 3 Live fonctionne avec les moyens du bord. « C'est notre chaîne très low-cost », reconnaît Alessandro Floris. Dans le fond d'un bureau paysager du siège, un miniplateau de télévision a été improvisé. Une jeune femme « meuble » et passe le relais toutes les demi-heures à une autre speakerine. Vêtements et maquillage sont sponsorisés. « Nous avons proposé aux employés de nos centres d'appel de participer à un casting. C'est comme cela que nous avons recruté les 17 personnes qui animent la chaîne », précise Alessandro Floris. La « 3 » propose par ailleurs dessins animés, films, sport, actualités, reality shows et chaînes érotiques en option. En tout, « 3 » a dépensé 100 millions d'euros pour ses programmes.
Seulement deux modèles de terminaux ont été mis sur le marché. Un Samsung et un LG. Ce dernier marche tellement bien qu'il tire les ventes des autres appareils de la marque en Italie. En France, Yannick Lévy, le PDG de DiBcom, fournisseur des puces de ces téléphones, se frotte les mains. Environ 40 % de son chiffre d'affaires est réalisé grâce à la télévision sur le mobile. Il attend avec impatience que les pays voisins se réveillent. Le boom est attendu pour 2007, date à laquelle l'Irlande, l'Allemagne et la France rejoindront l'Italie.