Telecom Italia: l'Italie craint de perdre un nouveau joyau industriel

Publié le par Charlotte

La décision de Telecom Italia de placer sa téléphonie mobile dans une société séparée fait craindre à l'Italie le passage d'un nouveau groupe sous pavillon étranger et a été accueillie fraîchement mardi par les analystes.

La scission de TIM, dernier opérateur mobile italien et actuel leader dans la péninsule, ouvre la voie à sa vente, selon les analystes, même si l'opérateur s'en défend, deux ans à peine après son absorption. "Aucun mandat n'a été confié en vue d'une cession et aucune offre n'a été reçue", a tenu à préciser Telecom Italia mardi dans un communiqué. Son président Marco Tronchetti Provera avait cependant reconnu la veille que toute offre serait examinée.

Plusieurs ministres du gouvernement de Romano Prodi se sont inquiétés du risque de voir le dernier opérateur mobile italien vendu à un groupe étranger. "Je suis très préoccupé sur les plans financier et de l'emploi et même un peu déconcerté", a réagi le ministre des Infrastructures Antonio Di Pietro. Selon la Repubblica, M. Prodi s'est dit en privé "déconcerté et préoccupé" par un nouvel appauvrissement du tissu industriel du pays. "Le sujet mérite une grande attention. Ce sont des décisions qu'il nous faut approfondir pour en évaluer la portée sur l'ensemble du pays", a dit le ministre du Développement de l'économie, Pierluigi Bersani.

Fort d'un des taux de pénétration du téléphone mobile les plus élevés du monde, l'Italie compte quatre opérateurs mobiles mais seul TIM est italien. Wind est passé l'an dernier sous pavillon de l'homme d'affaire égyptien Naguib Sawiris tandis qu'Omnitel a été racheté par Vodafone et que 3Italia a été crée par le groupe de Hong Kong Hutchison Whampoa.

Les syndicats ont averti qu'ils allaient faire grève d'ici la fin du mois. "La préoccupation des syndicats doit être partagée, surtout quand elle concerne des actifs stratégiques de l'appareil de production italien, déjà peu présent sur les segments stratégiques de l'économie mondiale", a commenté le président de la chambre des députés, Fausto Bertinotti.

Cette affaire survient alors que le gouvernement a bloqué la fusion entre le groupe autoroutier Autostrade et l'espagnol Abertis pour des motifs réglementaires mais sans cacher son peu de goût pour cette opération qu'il assimile à une vente à une société étrangère.

Le président de Telecom Italia ne trouvera pas plus de réconfort du côté des analystes, son projet n'ayant pas réussi à faire décoller mardi le titre de l'opérateur, qui se traîne depuis deux ans. A 12h20, l'action perdait 0,69% à 2,24 euros dans un marché en baisse. Tous les analystes s'interrogent encore sur le moyen pour Telecom Italia de réduire sa dette (41,3 mds EUR), soulignant que la vente du mobile ne réglera pas tous les problèmes. "Pour l'instant, aucune des propositions de Telecom Italia n'est créatrice de valeur", selon JPMorgan. "Une vente de TIM serait risquée car Telecom Italia perdrait toute occasion de profiter d'un éventuel développement du marché de la téléphonie mobile de troisième génération ou d'une consolidation du marché", indique de son côté Goldman Sachs. Dès lundi, l'agence Standard and Poor's avait prévenu qu'elle pourrait baisser sa note en cas de "changement substantiel de la structure d'entreprise", soulignant qu'il s'agissait d'une révision totale de la stratégie de l'opérateur.

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