Une loi du gouvernement italien a créé la polémique en élargissant la notion de légitime défense. Approuvé définitivement le 24 janvier par la chambre des députés, le texte controversé met notamment au même niveau la protection de l'intégrité physique et celle des biens.La majorité de Silvio Berlusconi a ainsi satisfait son aile droite qui réclamait plus de clémence pour ceux qui blessent ou tuent des cambrioleurs. L'opposition dénonce elle un retour "barbare" à l'auto-justice.
"Désormais, les voleurs savent que s'ils entrent dans un domicile, ils courront un risque supplémentaire et cela fera baisser le nombre de cambriolages", s'est félicité mercredi le chef du gouvernement à propose de la nouvelle loi approuvée par 244 votes contre 175.
"Ce n'est pas en imitant John Wayne que les Italiens seront plus en sécurité", a ironisé en réponse un des ténors de l'opposition, Piero Fassino. "Je crains au contraire que les délinquants deviendront eux-mêmes plus dangereux."
Le dossier devient un enjeu des législatives du 9 avril. Le responsable des Démocrates de gauche a promis de changer la loi en cas de victoire de son camp.
UNE DÉFENSE SUPPOSÉE "PROPORTIONNELLE"
Techniquement, la loi renforce le droit de se défendre par une arme à feu "détenue légalement" et suppose que la réaction de l'agressé est toujours proportionnelle à la menace représentée par l'agresseur. Elle affaiblit ainsi la notion d'"excès de défense" qui peut parfois être reprochée aux victimes de cambriolages. Le texte s'applique en cas de "violation" du domicile ou d'un lieu privé dans lequel s'exerce une activité "commerciale ou professionnelle".
Depuis trois ans, la réforme de la notion de la notion de légitime était un cheval de bataille pour la Ligue du Nord, membre du gouvernement. Le parti populiste, au discours parfois xénophobe, s'en est emparé à la suite d'une série de cambriolages violents commis par des étrangers dans des villas du nord de l'Italie, son bastion. La formation avait soutenu des commerçants poursuivis en justice après avoir tué ou blessé des cambrioleurs.
"Désormais, il ne sera plus nécessaire de démontrer que le danger encouru au moment d'un cambriolage était réel, puisque la loi pose cette présomption de proportionnalité entre la réaction et la menace", s'est inquiété le président du syndicat des avocats pénalistes, Ettore Randazzo. "Le message du gouvernement aux citoyens est clair : désormais, faites-vous justice vous-mêmes !"
Même au sein de la majorité, des réserves se sont fait entendre sur le texte. Le ministre de la Culture Rocco Buttiglione, du parti centriste de l'UDC, a estimé : "La loi vise à lutter contre le sentiment d'impunité des criminels. Mais il serait grave qu'elle nourrisse une mentalité présupposant que ce ne serait plus à l'Etat de garantir la sécurité de tous".
source: Le Monde





















